23 Juin 1936
Il y a 90 ans, la grève des ouvrières et ouvriers
des usines et studios permettait la signature
de la première Convention collective du cinéma
Communiqué
Nous avons arraché le contrat collectif. On en pourra étudier dans ses détails le texte que nous publions. Il importe donc, surtout, de tirer les conclusions du vaste mouvement de grève qui, durant deux semaines, a tenu fermé la totalité des usines de films et des studios qu’occupaient les ouvriers et les ouvrières.
C’est ainsi que Robert Jarville, monteur et secrétaire général du Syndicat général des travailleurs de l’industrie du film (SGTIF) affilié à la CGT, ouvre son texte intitulé Après la victoire !, écrit à la suite de la signature le 23 juin 1936 de la première Convention collective du cinéma.
Cette convention collective entérine les conquêtes sociales du mouvement de grève de mai et juin 1936 sous le Front populaire, consacre les revendications des ouvrières et ouvriers du film et pose les bases de la réglementation des conditions de travail à l’échelle du secteur du cinéma.
Affirmation du droit syndical, protection du droit de grève, processus de désignation des délégué·es ouvrier·ères, semaine de 40 heures, clarification des modalités d’engagement et de paiement, augmentation importante et générale des salaires, détermination d’une liste de fonctions, interdiction des heures supplémentaires, règles relatives à l’hygiène et à la sécurité, indemnités de déplacements…
Tout cela est pour la première fois posé dans un texte contraignant qui engage la quasi-totalité des studios et usines, alors regroupés en région Seine et Seine-et-Oise, où l’accord s’applique.
La grève avec occupation des usines et des studios, durant laquelle Jarville souligne que les ouvrières (très nombreuses dans les usines de tirage et les laboratoires) ont joué un rôle important, a fait l’objet d’un fort contre-feu patronal, selon des méthodes encore aujourd’hui bien connues :
Tout a été mis en oeuvre pour faire échec au salariat : tentatives de divisions sous la forme d’offres officieuses et séparées d’accords douteux, campagne de presse contre les travailleurs, bruits alarmistes colportés par téléphone dans les entreprises en grève, et création, en pleine bataille, d’un syndicat jaune.
Conscient que la signature de l’accord n’est qu’une première étape de la lutte, le représentant du SGTIF poursuit :
Et maintenant, il faut défendre la victoire. Si nous n’y veillions pas, elle nous serait arrachée, bribe par bribe, par un patronat dont la défaite n’a pu enlever tout espoir de reprendre une partie des revendications acquises.
Défendre la victoire, c’est veiller par l’action collective, chaque jour et sur tous les lieux de travail, au respect des conventions collectives étendues dont le principe a été conquis en 1936.
Le SPIAC-CGT, issu de la fusion en 2012 du Syndicat national des techniciens réalisateurs CGT et du SGTIF dans la foulée de la mobilisation qui aboutit à la signature de la Convention collective étendue de la production cinématographique, rend hommage aux ouvrières et ouvriers en grève au mois de juin 1936. Il fait sienne l’exhortation à prolonger leur lutte qui conclut Après la victoire ! :
Avec la même résolution qui les animait durant les jours et les nuits d’occupation des entreprises - avec le même sentiment des responsabilités dont chacun et chacune se sentaient imprégnés, tandis qu’ils tenaient sous leur sauvegarde les moyens de production - les ouvriers et les ouvrières de l’industrie du film protégeront leur victoire. Un prolétariat qui ne saurait défendre ses conquêtes se révélerait indigne de les avoir acquises.
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