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Publie sur juillet 7th, 2015 | Par admincgt

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Eclair, non au Clap de fin, Ouvriers, Techniciens, Réalisateurs, ils attendent notre soutien !

Article extrait de Rue89 : http://rue89.nouvelobs.com/rue89-culture/2015/07/07/salaries-intermittents-declair-group-non-clap-fin-260132

Sous les fenêtres du ministère de la Culture (Ier arrondissement de Paris), il s’élève ce lundi matin un vacarme métallique…

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MANIFESTATION DES SALARIÉS D’ECLAIR GROUP DEVANT LE MINISTÈRE DE LA CULTURE

6 juillet 2015

En cadence, des manifestants cognent les couvercles de boîtes de bobines de film.

 

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« Non au clap de fin », lit-on sur des autocollants noir et blanc.

A la manifestation des salariés d’Eclair Group, le 6 juillet 2015 à Paris (Emilie Brouze/Rue89)

Les 280 salariés d’Eclair Group, entreprise historique du cinéma spécialisée dans la post-production, ont appris le 18 juin que leur société était en redressement judiciaire. Un porte-parole de l’entreprise explique :

« Il y a 25 millions d’euros de dettes qu’il faut traiter. »

Plus que trois jours

Les éventuels repreneurs ont jusqu’au 10 juillet pour déposer une offre. Eclair Group aurait reçu dix marques d’intérêt. Parmi les candidats dont les noms circulent, Technicolor et le groupe Monal. La filière va mal :

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  • les laboratoires historiques LTC ont fermé il y a plus de trois ans ;
  • un autre fleuron, Digimage, a été placé en redressement judiciaire en mars ;
  • Monal, sa maison-mère, est en train d’être rachetée par le groupe espagnol Tres60.

Après avoir manifesté à Vanves (Hauts-de-Seine), devant l’un des deux sites le 30 juin dernier, les salariés sont venus rencontrer lundi matin des membres du cabinet de la ministre de la Culture, Fleur Pellerin, avant de se rendre devant le Fonds de consolidation et de développement des entreprises (FCDE), l’actionnaire majoritaire. Vincent Musselaya, secrétaire adjoint du comité d’entreprise, est en première ligne :

« On se mobilise pour sauver nos emplois. »

Soutien de Lelouch, Costa-Gavras et Varda

En plus des 280 salariés, de nombreux intermittents travaillent chez Eclair Group : certains mois, ils sont même plus nombreux que les salariés.

« On sait que le repreneur ne va pas reprendre tout le monde », pointe Laureen Gautier Jubé, 29 ans, qui travaille dans la restauration de pellicules. Les salariés seront en principe fixés d’ici à la fin du mois.

« Pour l’instant, on sait juste que l’entreprise a assez d’argent pour nous payer jusqu’à fin juillet. »

Des cinéastes comme Claude LelouchCosta-Gavras ou Agnès Varda ont apporté leur soutien. De leur côté, salariés et intermittents relaient la mobilisation sur une page Facebook, « likée » par 1 200 personnes, et un compte Twitter.

« On alimentait la France entière en copies »

Dans leur communiqué, les salariés dénoncent des « stratégies désastreuses et coûteuses menées par [les] différents dirigeants ». Depuis 2005, l’entreprise centenaire a connu plusieurs restructurations et plus de 300 emplois ont été supprimés. « Pour moi, les restructurations ont été très mal faites », juge le secrétaire adjoint du CE.

« Tout le monde pense que l’audit conduit ces deux dernières années n’a rien changé », ajoute Laureen Gautier Jubé.

A la manifestation des salariés d’Eclair Group, le 6 juillet 2015 à Paris (Emilie Brouze/Rue89)

Ces cinq dernières années, l’entreprise a vu son modèle économique vaciller avec le numérique. « Il y a eu des mutations technologiques, mais elles n’ont pas été assez anticipées ni accompagnées par les dirigeants », dénonçait fin 2013 Marc Authesserre, ingénieur du son et délégué CFDT, dans les colonnes du Parisien.

Cécilia Touchard, responsable de la numérisation des films, se rappelle la grande époque, pas si lointaine :

« Il y a encore six ans, on faisait des kilomètres de films. On alimentait la France entière en copies. »

Les copies, qui valaient au moins 1 000 euros, ont été remplacées aujourd’hui par des fichiers à 50 euros. Le tout-numérique a transformé les métiers du cinéma, chez les projectionnistes comme à la post-production.

« C’était un flux d’argent, les bobines »

« Ces boîtes de film avec lesquelles les salariés font du tintamarre aujourd’hui ne servent plus à rien : elles ont été remplacées par des cartes mémoire », explique un porte-parole d’Eclair Group.

Le bouleversement « a été extrêmement brutal », se souvient François, un indépendant, dans le métier depuis près de quarante ans.

« C’était un flux d’argent, les bobines : le chiffre d’affaires qui se faisait sur les copies s’est asséché alors qu’il fallait en même temps investir dans le numérique (scanners, logiciels…). »

« On fait partie des entreprises qui font encore de la photochimie », note Cécilia Touchard au sujet de la préservation, du son comme de l’image.

« Conserver des films sur CD, ce n’est pas viable : on propose un “shoot” sur pellicule. »

« On n’a encore rien fait de mieux », confirme Léon Rousseau, ingénieur son.

L’infirmerie de « La Boum »

Pour s’adapter, Eclair Group développe la restauration de films qui représente aujourd’hui un chiffre d’affaires de 15 millions d’euros sur les 37,6 millions annuels, selon le porte-parole de l’entreprise.

En interne, des salariés qui travaillaient à la photochimie ont été reconvertis au « patrimoine ». Eclair Group est aujourd’hui l’un des leaders du secteur en France, même si « ce n’est pas un relais suffisant », soulève le porte-parole. Chaque année, 250 films sont traités.

Les pellicules sont d’abord restaurées : « On récupère les éléments du film, souvent abîmés voire en état de décomposition, et on vérifie l’état mécanique », développe Cécilia Touchard qui cite en exemple « Les Enfants du paradis » (Marcel Carné, 1945) ou « La Boum » (Claude Pinoteau, 1980).

« C’est réellement une infirmerie : on répare en essayant d’être le moins invasif possible puis on oriente le client vers un certain type de rénovation numérique. »

Préservation du patrimoine

Charlotte Quémy, responsable de la restauration numérique, intervient une fois la numérisation des pellicules effectuée. Entre quinze et vingt films par mois passent par ses ateliers. « Des films prestigieux, comme du René Clair ou des Lumière », précise-t-elle.

« On a une trentaine de machines et on travaille en 3×8, week-end inclus. […] On ne colorise pas, on ne fait pas de film en 3D, on transmet les films le plus fidèlement possible. »

« On n’est pas une entreprise de boîtes de conserves », fait remarquer la salariée, alors que le cinéma célèbre cette année ses 120 ans.

« Le challenge, c’est aussi la préservation du patrimoine. »

Soudain, la batterie s’arrête

Rue de Valois, les bruits métalliques des boîtes de bobines s’arrêtent d’un coup : les représentants du personnel sortent du ministère. « Nous n’accepterons pas qu’Eclair Group s’arrête », dit l’un des représentants du personnel, au micro.

« On est assez désillusionnés par rapport à l’intérêt que nous portent les hautes institutions », soupire Charlotte Quémy.

« J’ai la sombre impression qu’ils s’en foutent royalement. »


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